La Course 2016 sur le Belem

 

Retrouvez le film de la course, le journal et une selection de photo de l'édition 2016

 

Le film des Gazelles de la Mer 2016 sur le Belem pendant la Tall Ships Race

 

 

 

Journal de bord complet de la Tall Ships Race à bord du Belem
par Océane et Ludmilla

  • Dimanche 24 juillet 2016
    009-20150407-_bd_7729-modifier_carre.jpgNous nous remettons lentement de notre superbe soirée d'hier le long du Taj. Le temps d'ouvrir les yeux et de réaliser : ça y est, c'est aujourd'hui ! On embarque sur ce navire qui peuple nos nuits depuis plus de 6 mois…
    Après un solide petit déjeuner c'est quartier libre pour découvrir Lisbonne. Pour ma part, je flâne en échangeant avec les lisboètes sur la course. Ils sont tous amusés par le nom du bateau qui fait écho à l'un de leurs plus célèbres quartiers. Je me rends au point de rdv accompagnée de leurs vœux.
    Au déjeuner, nous nous retrouvons toutes pour partager notre dernier repas à terre avec l'organisation. La tension monte au moment de se mettre en route pour le Belem. Nous sommes fébriles : ce pour quoi nous nous sommes battues depuis janvier approche ! On a hâte, on appréhende, on est prête, on a envie !
    Le Belem est en vue c'est l'ébullition dans le bus, l'équipe exulte ! 48 stagiaires plein d'énergie !
    Rdv immédiat dans le grand roof pour récupérer nos numéros notés sur nos mugs et les consignes de vie. La tension est vive mais nos plaisanteries et notre bonne humeur reprennent vite le dessus !
    Puis tout s'enchaîne vite : premier service à table, on mange à l'heure française, il faut s'activer, mettre la table et apporter les plats, on fait connaissance avec les membres de l'équipage et on prend nos marques. Gaël le cuisinier et Bruno son second sont super sympa et on commence déjà à échanger des plaisanteries ! Selon Bruno, cette traversée va être intéressante ...
    Après le dîner, nous nous mêlons à l'ambiance de fête qui habite le port. Au milieu des visiteurs, de la musique et des stands, nous admirons les navires de nos concurrents et réussissons même à visiter le fameux navire mexicain le Cuauhtémoc.
    Un magnifique feu d'artifice clôt la journée et couchées sur le pont principal avec une dizaine de gazelles nous rêvons de notre traversée…
  • Lundi 25 juillet 2016
    1er réveil sur le Belem.
    Rdv dans le grand roof pour le brief.
    Nous restons tous ensemble pour la matinée, les premiers quarts commenceront vraiment au départ de la course vers 18h. Nous profitons d'un cours sur les termes marins et  sur le rôle des différents voiles. La tête pleine de nouveaux mots, nous essayons  d'en retenir les plus importants et commençons à sentir notre intégration dans l'équipage.
    En  attendant, avec la ferme intention de gagner le prix de l'équipage le plus sympa, nous créons et répétons la chorégraphie du Belem que nous dansons à n'en plus finir pendant la parade : un vrai moment d'amusement et de détente avant les gros efforts. Nous croisons même le zodiac de l'organisation qui nous accompagne vers la ligne de départ.
    L'après-midi, les manœuvres sérieuses commencent... nous devons atteindre la ligne d'arrivée à 18h pas avant !
    Nous courons partout en tentant de suivre les ordres. C'est impressionnant, tout le monde est aux aguets, tous veulent participer. Nous avons un peu de mal à nous coordonner au début , un vrai Chaos, mais la magie du bateau opère, comme dans une grosse entreprise. Peu à peu, nous apprenons les uns des autres, nous coordonnons nos actions, nous fonctionnons à l'unisson avec nos instructeurs aux commandes et nous réussissons tellement bien que le bateau prend plus de vitesse que prévu !
    Ca y est nous sommes en régate !
    Durant le 1er quart de nuit, notre sympathique *bosco nous propose de monter 4 par 4 dans le Beaupré, c'est magique... l'impression de flotter au-dessus de l'eau, l'impression de vivre un moment privilégié... Ensemble ...
    La nuit a  été courte, plusieurs filles sont malades, la mer est agitée. Une belle solidarité s'est alors mise en place. D'elles même, celles qui n'étaient pas malades se sont occupées des autres :  un couchage de fortune s'est organisé dans le grand roof, de quoi s'hydrater, des échanges de médicaments... Quelles que soient les affinités, aucun stagiaire n'a été mis à part. Le lendemain, les liens s'étaient encore un peu plus resserrés et les regards étaient plus complices.

    * L'appellation bosco est issue de l'anglais bosseman, qui était le contremaître chargé de la bosse, dernier cordage à retenir l'ancre avant de la mouiller. Dans la marine de commerce, le bosco est le maître d'équipage et se situe hiérarchiquement entre les officiers et les membres de l'équipage. »

  • Mardi 26 juillet 2016
    Réveil matinal pour un quart de nuit sous les étoiles. Il est quatre heures, nos yeux mettent un peu de temps à s’acclimater à la pénombre, le vent est doux.
    A l’appel, il manque quelques filles : le mal de mer ne les a pas lâchées de la nuit. Nous pensons fort à elles en espérant qu’elles iront mieux lorsque le soleil se lèvera.
    Mon groupe est à la barre. Quel sentiment incroyable que de sentir entre ses mains toute la puissance du Belem !
    Après quelques manœuvres, le jour commence à pointer le bout de son nez et, petit à petit, on peut distinguer les traits fatigués mais heureux des stagiaires de quart.
    Après le petit-déjeuner, nous sommes tous de ménage, certainement pas l’activité la plus réjouissante de la journée mais encore une fois le cœur y est. Nul ne rechigne à la tâche !
    Un petit débrief du commandant nous replonge dans l’esprit de la course. Le Belem a pris de la vitesse et se tient en bonne position !
    Puis vient le moment tant attendu par tous, l’appréhension et l’excitation se mêlent sur le pont. Deux matelots gabiers amènent des baudriers, nous allons pouvoir monter au mât ! Les premiers stagiaires se lancent, ils grimpent dans les haubans. Certains ne sont pas très rassurés mais à chaque fois on peut lire dans leur regard cette envie de venir à bout de ce pari fou.
    Harnachée, les mains moites et le cœur qui bat à deux cent à l’heure, je monte. Plus je prends de la hauteur plus cette sensation de faire corps avec le bateau s’immisce en moi. On se sent fière d’être parvenu jusque-là. Le bateau se dévoile devant nous dans toute sa splendeur, c’est magnifique ! 
  • Mercredi 27 juillet 2016
    Quart de nuit la mer est calme.
    Nous nous relayons à la barre, le vent est mou. Nous avons perdu énormément de vitesse et notre avance sur la ligne d’arrivée... une petite déception plane. Heureusement nous nous connaissons mieux et nous nous retrouvons sur le pont à la faveur du clair de lune pour échanger sur nos parcours et ce qui nous a amené ici, postières et étudiants.
    Nous commençons à nous faire à ce rythme tantôt calme, tantôt effréné. Nous arrivons à nous coordonner assez vite maintenant et fonctionnons plutôt bien en Equipe.
    Pour nos coéquipiers espagnols, portugais et anglais, une traduction entre nous est souvent organisée, c'est l'occasion d'apprendre de nouveaux mots et de découvrir nos collègues d'Europe.
    Après le quart, pas le temps de dormir. Nous enchainons sur le poste de propreté, puis tour en zodiac pour voir le bateau de l’extérieur.
    L'après-midi est consacrée à la montée du cacatois, la voile la plus haute du mât, ou à la récupération pour les autres.
    Puis le capitaine nous offre l'historique du Belem : 2h de l'histoire épique de ce navire. Nous en ressortons enchantés et fiers de faire partie de l'histoire de notre navire centenaire.
    En fin d'après-midi, l'équipage nous fait la surprise de nous organiser un moment de convivialité sur le spardeck et nous annonce que nous avons rattrapé 1h de retard : nous reprenons de la vitesse ! Liesse générale ! Nous  réfléchissons  déjà à l'arrivée en fanfare que nous voulons organiser pour Cadix.
    Une journée bien pleine se termine déjà, ce soir nous entamons nos derniers quart de nuit, sûrement les plus beaux. La nuit nous offre un ciel féérique comme nous n'en avons jamais vu. Tanguy, un des Officiers nous donne un cours sur les étoiles et la voie lactée. Puis, nous enchainons nos différents postes de travail en musique et en rire avec Géraldine, notre chef de tiers, portés par le vent.
    Ce soir, il n'y a plus de différences entre nous. C'était sans doute la nuit la plus mémorable du voyage ...
  • Jeudi 28 juillet 2016
    6h du matin : un chant africain nous réveille en douceur...
    Matthieu vient nous chercher pour que nous assistions au passage de la ligne d’arrivée.
    Réunis sur le Gaillard, nous attendons le signal et poussons un cri de joie à l’unisson au franchissement de la ligne.
    L’émotion est forte. Nous l’avons fait !
    Une fois la manœuvre terminée, nous retournons profiter de l’heure de sommeil restante avant le petit déjeuner, car, comme le disent si bien nos marins préférés « sur un bateau, tout repos est bon à prendre ».
    A 8h30, nous sommes tous sur le pont et nous ne lâchons rien, car il faut maintenant carguer les voiles pour terminer le trajet au moteur jusqu’à notre quai d’accostage, avant de vaquer à nos postes de propreté. C’est l’occasion quotidienne de soigner ce navire qui nous tient tant à cœur.
    12h30 : le port de Cadix est en vue et nous entamons notre chorégraphie, désormais rituelle, afin de saluer les spectateurs qui nous accueillent.
    13h00 : le bateau accoste. Les retrouvailles avec les membres du comité des gazelles qui nous encouragent depuis le début de notre aventure sont émouvantes. Le commandant en profite pour nous remercier de notre engagement au nom de tout son équipage et nous en avons autant pour eux.
    14h00 : Il y a fort à faire pour préparer le bateau à l’accostage en attendant l’autorisation de débarquer. Le port de Cadix est paré de majestueux navires de nationalités diverses, tous plus beaux les uns que les autres et nous avons hâte de les visiter, de les comparer ! Nous attendons avec impatience l’autorisation de fouler la terre ferme… Et pourtant… Quand le signal nous est donné, aucun empressement, aucun mouvement. Peut-être un début de nostalgie ? C’est que nous réalisons que notre aventure touche à sa fin, que nous ne serons bientôt plus lovés dans notre cocon à voile, qui je crois, a touché notre cœur à vie.
    A ce moment nous ne le savons pas encore, mais nos trois jours à quai nous réservent encore beaucoup d’émotions...
  • 3 jours à Cadix
    Le port est en effervescence perpétuelle. Les équipages se jaugent, s’admirent, se parlent, avec des langues et des équipages différents : navires militaires, navires école…
    Nous nous organisons tant bien que mal, la tête encore à moitié en mer, navigant entre fatigue et exaltation pour participer aux animations festives inter-équipages proposées par la Tall Ships Race. Nous choisissons de participer, stagiaires et équipage réunis, au tournoi de  tir à la corde et à l’épreuve de course à pied, sans oublier de mettre en place avec notre couple d’animateurs EDHEC/Poste l’organisation de la parade du vendredi, car nous visons toujours le prix de la communication !
    En bonus de tous ces préparatifs, pleins d’énergie, nous trouvons encore le temps de découvrir la belle Cadix aux accents gitans !
    Nous pensions alors nos émotions terminées, mais il n’en a rien été. A travers tous ces moments forts, nous avons tissé des liens, les efforts commun ont dépassé l’âge, l’appartenance et ont été autant de « *nœuds d’écoute » à notre cordage.
    Nous avons ri, nous nous sommes dépassés, soutenus, amusés ensemble. Nous n’avons finalement pas ramené de 1ère place aux différentes épreuves de cette course, mais bien plus : nous avons ramené 2 trophées, ceux de l’équipe la plus fair play, symbole de cohésion et c’est certainement le meilleur témoignage de ce que nous avons vécu ensemble.
    Nous avons gagné une expérience unique avec un équipage extraordinaire, amoureux de son bateau, toujours prêt à nous le faire vivre de plusieurs manières, et nous laissons au Belem des confidences au clair de lune des éclats de rire, des pas de danse et tellement d’autres chose que seul ce navire connait.
    Dimanche 31 aout, nous reprenons une dernière fois la mer avec délice pour accompagner le départ de l’étape suivante de la course, avec le comité d’organisation des gazelles, et nous reprenons plaisir à manœuvrer en mer.
    Le jour suivant, le soleil se lève sur Cadix, c’est le moment des adieux émouvants, le Belem corne et le port s’emplit du dernier chant des Gazelles : « Quand les Gazelles se mettent à chanter, C’est tout Cadix qui va s’enflammer, Allez Belem, Allez Belem Allez Belem, Allez, Allez… »

    *Le nœud d'écoute est un nœud de jonction universel pour joindre deux cordages de diamètres et de compositions égaux ou différents, il nous reflète : tous tellement différents nous avons réussi à nous rejoindre.

 

Crédit photo : Les Gazelles de la Mer 2016