La Course 2017 sur le Belem

 

"Toutes les femmes du Groupe y ont leur place. Nous sommes parties à 35 postières et nous sommes revenues à 35 Gazelles! Il ne faut pas avoir peur de se découvrir, de se surpasser, de rencontrer les autres. Participer à cette aventure est une chance unique dans notre vie. Alors à chacune de la saisir, d’autant que les seuls freins que nous avons viennent de nous-mêmes."
Tatiana

"Ose ! Si tu es motivée, si tu sens que c’est pour toi,  fais-le ! Saisis cette chance que Le Groupe La Poste et ses filiales nous offrent à nous les femmes ! Fais de ton mieux pour ne pas avoir de regret. Et si tu as besoin de soutien, d’appui, d’encouragements et de conseils, nous sommes là ! Le soutien de la hiérarchie est également important. Ose mettre ta vie entre parenthèses pendant quelques jours pour vivre une aventure extraordinaire et unique."
Séverine

"Je suis quelqu’un de réservé et contemplatif ; malgré ça j’ai su trouver ma place. Le Belem nous a offert la possibilité de nous affirmer telles que nous sommes… les leaders comme les suiveuses ! Nous avions toutes notre rôle à jouer. Ce fut une expérience extraordinaire. Je conseille aux postières d’y participer."

 

Le Film de la Course

 

 

 

Le Journal de Bord

  • Introduction
    009-20150407-_bd_7729-modifier_carre.jpgNous nous remettons lentement de notre superbe soirée d'hier le long du Taj. Le temps d'ouvrir les yeux et de réaliser : ça y est, c'est aujourd'hui ! On embarque sur ce navire qui peuple nos nuits depuis plus de 6 mois…
    Ce journal de bord démarre dès nos retrouvailles à Paris. Un moment fort en émotion. Ce n'est pas tous les jours que les rêves se réalisent. Le Belem... Les Gazelles de la mer, cette nouvelle espèce innovante à forte énergie positive, s'apprête à vivre une nouvelle étape dans sa mutation. Cela commence donc par cette joie inspirante et communicative, la joie de nous retrouver hors des sélections et le soulagement d'avoir finalement réussi à fermer nos sacs à dos pour le jour du grand départ. Les vestes, marinières et pulls marins qui nous sont remis avant l'intervention du Président nous seront bien utiles mais vont-ils tenir dans les sacs? Cette aventure va nous donner du temps pour nous connaître entre nous et nous-mêmes. Chacune raconte une anecdote sur le départ, l'au revoir aux proches, la fierté de son équipe, qu'elle s'est engagée à faire voyager - Sabine et d'autres ont leur journal de bord démarré par les soutiens de leurs collègues... Reçues comme des reines, le dîner nous offre l'occasion de célébrer ensemble l'anniversaire de Virginie au gré d'une visite de Paris en péniche qui nous donne l'occasion de faire la fête. Le dîner nous donne l'occasion d'échanger sur l'engagement sociétal, la politique sociale et culturelle de l'entreprise, les ambitions en matière d'égalité homme femme, comment mieux travailler ensemble... Le samedi en attendant l'avion, L. me disait combien elle était surprise, au-delà même de l'accueil chaleureux et du dîner sur la péniche, par la qualité des échanges, l'engagement de bon nombre de gazelles, l'émotion partagée. La confiance en soi qu'elle ressent de la certitude qu'ensemble on va réaliser ce rêve. Quelle chance inouïe de ce temps donné pour nous découvrir - nous connaître et nous livrer. Décollage pour Lisbonne au Portugal. Après une visite express de la ville et un délicieux déjeuner, les gazelles tombent de sommeil et s'octroient quelques courtes siestes dans le bus qui nous emmène à Sines. L'occasion d'arriver en chantant à Sines. Et pourtant un instant après, la montée sur le Belem nous rendaient silencieuses, respectueuses. Le Belem s'impose, transmettant une sérénité collective. Toutes à cœur de bien faire et voir ce qu'on peut réaliser.
  • Arrivée sur le Belem
    1er réveil sur le Belem.
    Nous voilà à bord du belem. Le silence de l'émotion à fait place à l'excitation. Nous sommes accueillies par le second Tanguy. Très vite nous descendons dans nos cabines pour poser nos (lourds et encombrants) bagages. Nous sommes reparties selon nos quarts et nous dormirons dans des bannettes, je souris intérieurement, un banette jusque-là pour moi c'était pour ranger des papiers.. on apprend là notre premier jargon de matelote. Nous essayons bon an mal an de tous ranger dans nos petits casiers. Ensuite direction le château de sines pour notre première soirée crew party. Lieu magique, scène ouverte, et piste de danse en gazon. Nous nous mélangeons avec les autres équipages. On ne passe pas inaperçues, le belem est le seul bateau qui embarque un équipage féminin. Nous sommes vite repérées avec nos chèches jaunes et notre incroyable enthousiasme d'être là. Jocelyne, fidèle à elle-même se déhanche, et les autres gazelles ne sont pas en reste. Cest là aussi que nous faisons (enfin connaissance) avec une partie de l'équipage. Nous sommes sous le charme. Et au loin arrive notre commandant ... personnage incroyable avec une barbe mythique, un charisme que nous percevons toutes en un clin d'œil. Nous sommes impressionnées. Cette soirée est faite de sourires, de joie et de complicité entre gazelles et nous en sommes sûres avec nos anges gardiens : l'équipage du Belem
  • Première nuit sur le Belem
    Je touche le plafond, je me cogne... Je savais que ce serait petit malgré tout je dors bien, merci le voyage et l'air marin ! Il faut apprivoiser de nouveaux bruits sur le bateau : l'électrogène, la pompe à eau... Et puis on se sent bercées... Premier matin sur le Belem. Pour cette première journée, nous ne fonctionnons pas encore en quart et donc avons le plaisir de partager petit déjeuner et déjeuner. Je suis de "petit déjeuner", l'occasion de découvrir l'activité de la cuisine et de mettre en pratique les premières règles de fonctionnement. L'occasion aussi de découvrir que beaucoup de gazelles sont des lève-tôt! La faute à la première nuit mouvementée mais surtout à l'habitude... Nous prenons conscience que nous n'avons pas toutes les mêmes rythmes... Moi qui pensais être réveillée par un matelot du Belem, 20 gazelles douchées et habillées m'accueillent a 7h lorsque je me lève pour préparer le petit déjeuner !  
  • Instructions de l'équipage
    Aujourd'hui dans la matinée le commandant a présenté les règles sur le bateau et j’ai parfaitement pu faire le parallèle avec le bureau. Le capitaine donne le cap/objectif, les chefs de quarts organisent la voilure et le bateau pour atteindre l’objectif le plus rapidement. Lorsque le commandant a présenté le fonctionnement du bateau, l’équipage professionnel s’est placé derrière lui et le bar par ordre hiérarchique : sur le même niveau était l’adjoint du commandant puis venait le charpentier , le chef d’équipage et les lieutenants. Tous au fond assis étaient placés tous les matelots. Sur le bateau tout le monde file droit car la mer est un milieu hostile. Elisabeth propose un atelier "pomme de touline" (premier noeud marin) pour tromper l'attente liée à la pluie tandis que Virginie fait des envieuses en disparaissant avec le lieutenant qui l'emmène faire quelques achats d'aliment sans gluten. Un autre groupe part avec le second lieutenant visiter "l'étoile". Cet après-midi nous donne l'occasion d'aller prendre la pleine mesure des concurrents. Un "sabotage" serait tentant mais difficile à mettre en œuvre malgré une tentative avortée d'encerclement des marins de l'amerigo vespucci la veille à la crew party... Deux ans qu'ils trichent en utilisant le moteur plutôt que la voile pendant la régate... Nous les aurons à l'œil. Autre petit plaisir de la fin d'après-midi, notre équipage féminin attire la curiosité de visiteurs du Belem. Il semblerait qu'on nous prenne, déjà, pour des professionnels - l'uniforme marinière nous y aide bien. D'ailleurs ce soir, l'équipage du Belem se joint à nous pour dîner. La suite de nos aventures : demain on met les voiles...
  • Lundi 1er mai 2017
    Nous nous réveillons ce matin pour un dernier petit déjeuner toutes ensemble car dès ce soir nous allons fonctionner en quarts. Dernière matinée aussi avant le départ, nous trépignons. Quelques gazelles décident de mettre pied à terre pour un dernier café à Sines, ou pour les plus gourmandes pour goûter une pasteis de nata. Pour celles qui restent à bord, nous profitons du soleil sur le pont, Géraldine, un de nos gabiers instructeur nous installe même un hamac sur le pont. La course va être lancée en début de soirée, avec au préalable une parade de tous les gréements présents. Pour cette occasion, nous préparons une chorégraphie, sur une musique entrainante. Nous agitons nos chèches jaunes, il faut que ce soit visuel. Pierre, le lieutenant de navigation se mêle à notre danse, tandis que Géraldine s’improvise chorégraphe sous le regard amusé du reste de l’équipage. La cloche sonne, il est temps de déjeuner. Chaque jour, nos deux cuistots embarqués nous concoctent de bons petits plats différents. Ils nous chouchoutent. L’excitation monte, nous mettons les voiles au sens littéral du terme. Emotion et excitation… Oubliée la chorégraphie du départ, nous mettons nos gants pour hisser les voiles. Il nous faut être coordonnées, attentives aux ordres. Nous sommes les mains du commandant qui décide de chaque manœuvre, il est à nos côtés, nous le sentons veiller sur nous du haut du toit de la timonerie. Ce sont aussi les vrais premiers efforts à fournir. Toutes les gazelles sont sollicitées. Toutes voiles dehors, le Belem a fière allure. Son élégance est saluée par les coups de corne. Notre comité de pilotage nous envoie les derniers bons vents de leur zodiaque qui nous escorte. Voilà, nous sommes en route. Nous avons passés la ligne de départ … Les côtés portugaises ne seront bientôt qu’un souvenir. Cap Vers l’infini et l’au-delà. Nous naviguons à 7 nœuds, dans une mer peu agitée à agitée, mais pour nous c’est agité tout court. Le tangage et le roulis ne nous épargnent pas. Nos organismes sont mis à rude épreuve. Nous perdons nos repères. Haut les cœurs, il faut tenir bon ! La solidarité est de mise, les gazelles les plus en forme soutiennent les plus touchées par le mal de mer. La lumière baisse, le premier quart est lancé, de 20h à minuit. Nous sommes la moitié à pouvoir assurer. Coucher de soleil à la barre et magnifique récompense : quelques dauphins nous saluent au passage. La nuit nous prend, nous sommes uniquement éclairées par la lumière de la lune. Une flopée d’étoiles apparaît. Nos yeux s’habituent. Le silence autour de nous, seuls les bruits des voiles et des craquements de bois du Belem se font entendre. Quelques manœuvres sont réalisées, une équipe reste à la barre pour garder le cap et une autre à l’avant pour veiller qu’aucun danger ne croise notre route. Nous profitons de ces moments pour poser des questions à nos gabiers : comment fonctionnent les instruments, comment vivent-ils ces mois de navigation loin des leurs… Nous nous apprivoisons et nous apprivoisons notre environnement. Il fait froid, la mer est toujours agitée. Nous luttons contre le sommeil, il arrive parfois qu’un œil se ferme indépendamment de notre volonté. Minuit ! Fin du quart. Les autres gazelles vont prendre la relève pour deux autres quarts encore cette nuit. Nous regagnons nos bannettes, bercées par notre nouvelle maison, le repos mérité du jeune matelot.
  • Mardi 2 mai 2017
    La relève : Minuit à 4h, nuit noire, le calme est revenu sur le bateau. Nous sommes éclairées par la lune, nos yeux s’habituent. Nous redevenons des sentinelles. Le Belem nous renvoie à la simplicité, nous oblige à nous adapter, à suivre notre instinct. Sur le gaillard, à l’avant du bateau, le plancton s’illumine à notre passage. Une sorte de feu d’artifice sur l’eau. C’est un spectacle à ciel ouvert. Sylvain notre gabier nous enseigne les étoiles. Les voiles du Belem flottent, c’est irréel. Nous sommes seules au monde. Jamais nous n’avions vu autant d’étoiles, la voie lactée se dessine. Les dauphins en symbiose avec les planctons phosphorescents saluent la fin du quart. La relève 4h/8h, encore groggy, nous avons à peine le temps d’émerger : on nous attend pour brasser. Fini le yoga, il faut des muscles pour être une gazelle. Il fait moins froid qu’hier. Nous commençons à prendre nos marques. Ce matin au petit-déjeuner, nous sommes déjà plus nombreuses. La mer, plus calme, accorde un répit aux filles les plus affectées par le mal de mer, qui commencent à sortir la tête du seau. Ce fameux mal de mer que nous appréhendons toutes. Géraldine nous rassure, le mal de mer fait partie de l’aventure. Il ne faut pas lutter, la mer est plus forte, il faut accepter. Et ça va passer, ça passe toujours. Quart du matin. Tandis que les gazelles qui ont fait la nuit vont se coucher, le quart de jour se met en place. Réveil musculaire avec nettoyage du pont. Nous chantons pour nous donner du cœur à l’ouvrage. Voilà, le Belem brille ! Nous nous retrouvons à l’avant du bateau, assises sur le pont. Mathieu nous donne notre première leçon de vocabulaire marin pour apprendre à nous repérer entre les 22 voiles. Beaucoup de jargon, nous essayons malgré le sommeil de tenir bon. Le soleil nous réchauffe, le vent nous caresse, je crois que nous aurions toutes, petites, aimé apprendre dans de telles conditions. Le déjeuner nous donne l’occasion de connaître toujours un peu plus les membres d’équipage. C’est avec Vincent que je fais connaissance aujourd’hui. Il a rejoint le Belem depuis une semaine seulement mais semble déjà bien le connaître. Il arrive de l’Hermione et raconte l’émotion des deux transatlantiques. A peine remontées, nous voilà embauchées pour brasser de nouveau et adapter le bateau au vent qui a un peu tourné. Puis, belle surprise, Gaël le charpentier et Enguerrand, le péchou nous lancent le défi de monter sur la première vergue. Nous enfilons les baudriers et commençons l’escalade… 10 mètres plus haut, quelle récompense ! Une vue imprenable et un rêve réalisé !!! Certaines gazelles appréhendent, mais une gazelle ne lâche jamais. Never give up. La force du collectif prend tout son sens. Les gazelles sur le spardeck encouragent celles qui montent à tour de rôle. Gaël et Enguerrand nous assurent, nous rassurent et soutiennent les moins vaillantes. Tatiana dépasse son appréhension et se hisse. Des larmes de fierté la gagnent une fois sur la vergue avec les autres gazelles. « Je l’ai fait ». Nous l’applaudissons. Le reste de l’après-midi se termine entre exercice d’évacuation, manœuvres pour chercher à optimiser la vitesse du bateau et discussions animées sur le pont. Certaines en profitent pour fermer les yeux, se laissant bercer par le Belem. Début de soirée. Le commandant et le second nous enseigne l’art de se repérer avec le sextant. Oublié le bon vieux GPS, cette technique est ancestrale mais fonctionne quand il n’y a plus de repères terrestres en vue… Eve s’essaie à lire l’éphéméride. Je la regarde avec curiosité, je n’ai pas tout compris… Les quarts de nuit vont prendre leur service, le soleil baisse, l’immensité nous appartient.
  • Mercredi 3 mai 2017
    3h45. Gaël nous réveille avec la délicatesse d’un charpentier. Craignant le froid de la pleine nuit, nous enfilons tout ce qui peut tenir chaud : Chloé empile deuxième peau, jean et pantalon de pluie avant de monter sur le pont. Les nuits sur Belem sont fraîches. Parées à prendre le quart ? Parées ! Comme à notre habitude, nous nous répartissons en trois équipes : veille, dispo et barre. Il nous faudra tenir 4 heures. Nous sortons à pas de loup, afin de ne pas réveiller les autres gazelles. Le temps prend une autre dimension à bord, notre vie est rythmée par les quarts. Nous perdons la notion du temps : oubliées montres et portables, nous nous en remettons aux réveils des gabiers ou des autres gazelles et à la cloche pour les déjeuners et dîners. Le ciel est particulièrement dégagé et la magie de la nuit opère à nouveau. Encore pour la première fois pour toutes les gazelles qui n’avaient pu participer la nuit précédente. Allongées sur l’avant du bateau, nous sommes happées par ce spectaculaire spectacle d’étoiles. Morgane se croit sur le bateau de Peter Pan. Chacune prépare un vœu en guettant la prochaine étoile filante quand une météorite lente et lumineuse déchire le ciel. Infinikif (plus que parfait) ! La voie lactée se dessine parfaitement. Tanguy, le second capitaine s’amuse de notre crédulité. Et non, ce n’était pas la lumière du phare de Gibraltar mais plutôt l’éveil de Vénus qui luit extraordinairement fort. Il s’y connaît en constellations et nous emmène en voyage stellaire : le Cygne, Cassiopée. On peut même observer la Galaxie Andromède à l’œil nu ce soir. La connexion avec la terre est coupée. Nous sommes seules avec nous-mêmes. Belem nous plonge dans une introspection. Notre commandant nous dit que nous ne serons plus les mêmes après cette expérience en mer. Nous en sommes désormais convaincues. Entre confidences, fous rires, silences… Carine nous confie que ce sera la première fois en 29 ans qu’elle ne pourra pas souhaiter l’anniversaire de son papa. Alors Jean-Paul, si vous lisez ces lignes, Carine vous embrasse fort, et toutes les gazelles se joignent à elle pour vous souhaiter un très bel anniversaire ! 6h30. Nous sommes à deux doigts de faire la danse du soleil pour gagner le pari lancé par Tanguy sur l’heure du levé de soleil. Ce sera finalement 6h47, et une émotion indescriptible lorsque surgit des flots l’astre rouge. Yvan Bourgnon nous l’avait dit : le lever de soleil pour un marin est comme une petite résurrection. La journée avance, nous avons trouvé notre rythme. Chacune ses tâches, chacune ses occupations. Un cours de matelotage s’organise avec Mathieu à l’avant. Nœud de 8, nœud de chaise, nous sortirons de Belem en « Mac Giver ». Aujourd’hui c’est grand bleu mais pétole. Belem est à l’arrêt, il paraît même qu’il recule… ce n’est pas comme ça qu’on va gagner la course ! On fait chapelle, c'est-à-dire que le vent nous vient de face et que nous sommes scotchées. Nous tentons pendant 2 heures de multiples manœuvres pour faire avancer le navire. Géraldine propose même de créer une 23evoile… Peine perdue, il va nous falloir être patientes et attendre des vents plus propices. Naviguer, c’est s’adapter disait le commandant Perry. Alors nous nous adaptons. Thomas et Yann nous proposent d’enfiler à nouveau les baudriers pour aller crapahuter sur beaupré c'est-à-dire à la pointe extrême du navire. Perchées au-dessus de l’eau, nous avons l’impression de chevaucher le monde ! Ca y est le vent est de retour et nous reprenons notre route vers le sud-est . Nous sommes à 125 miles soit 230 km de Casablanca, l’air s’est adouci. Toutes les gazelles sont désormais sur pied. Séverine expérimente le sparadrap sur le nombril, une des nombreuses techniques pour lutter contre le mal de mer, et il semblerait que cette fois soit la bonne. « Parce que ça fait deux jours que j’ai pour seul horizon le fond d’un seau et ma bannette. Géraldine nous réunit sur le pont : les Bélémiades sont lancées. Une sorte d’olympiade en mer. Plusieurs équipes sont constituées. IL nous faudra trouver un nom et relever plusieurs défis jusqu’à la fin de la traversée : quiz, « selfie » avec le commandant, chasse au trésor… L’objectif : apprendre à encore mieux nous connaître en dehors des équipes de quart, et nous amuser. Et nous nous amusons beaucoup sur le Belem. L’équipage a toujours le bon mot ou des blagues de marin à raconter. Kenan, aussi surnommé le prince Charles de Belem, nous réunit pour un exposé sur le transport maritime des chevaux, son sujet de mémoire. Nous sommes attentives à ses explications quand soudain, des bruits de chevaux nous parviennent. C’est l’équipage qui passe en trombe devant nous, imitant la cavalcade. Nous partons d’un fou rire. La vie est douce sur Belem, la vie est belle sur Belem.
  • Vendredi 5 mai 2017
    Platon disait : « il y a trois sortes d’hommes, les vivants, les morts et ceux qui sont en mer ». C’est ce que nous ressentons chaque jour un peu plus. Aujourd’hui le soleil est de retour. Le passage pluvieux était de courte durée, juste pour nous rappeler que nous ne décidons pas. Ce sont les éléments qui nous portent. Nous faisons d’ailleurs route vers l’ouest plutôt que vers les Canaries. Cette nuit, nous aurons l’occasion de le vérifier : des petits lumières au loin et une température plus clémente. Les Pour atteindre notre destination finale, il nous faudrait un petit coup de pouce du vent. « Dauphins à Bâbord ! », crie un gabier. Un troupeau de gazelles se rue. Une dizaine de dauphins est en train de pêcher, accompagnés par des fous de bassan. Ils ont repéré le bateau, ils nous frôlent, ils dansent, ils jouent. Moment irréel, hors du temps. Certaines gazelles ont même pu observer ce manège du haut du Beaupré, l’extrême avant du bateau, au-dessus de l’eau. Tout là-haut là-haut, perchées sur le grand mât, à 30 mètres. Incroyable sensation, incroyable liberté, incroyable sensation d’immensité. « Il est canon ton bureau Sylvain ! » Mais ce spectacle est la récompense d’une ascension des enfléchures avec les nerfs bien accrochés. « Force et puissance », crie l’une des gazelles restées en bas. Agnès, es-tu prête ? « Ce n’est pas le moment de réfléchir, une énorme énergie m’envahit, pas le temps de douter. Je pense aussi à mes deux Sabrina, celle qui me soutient ici, et celle restée à terre. Lydie, me voyant un peu stressée, me donne la clé : « pense juste à la victoire là-haut, à la beauté du lieu ». Merci tu me donnes le déclic, j’enfile mon harnais, je souffle. Un mélange de crainte et d’euphorie… Je commence mon ascension marche après marche. Je sens le roulis du navire, les enfléchures deviennent de plus en plus verticales. Enguerrand, notre gabier nous rassure. Je vois au-dessus de moi Julie et Gisèle qui montent avec une grande facilité. Allez, encore quelques mètres, l’échelle rétrécit, devient de plus en plus étroite, juste de quoi poser un pied. Je n’ai plus qu’à me laisser glisser à l’horizontale sur la vergue. Les filles sont déjà installées. Je m’agrippe à Sylvain pour quitter l’échelle et me glisser sur la droite. Whaou ! C’est énorme, du bleu à perte de vue, du bleu profond. Je me concentre sur mes sensations : le vent qui caresse ma peau, les mains crispées sur le métal froid de la vergue, la chaleur du soleil, les applaudissements des gazelles en pied de mât et la voix de nos matelots alpinistes. J’ai toutefois du mal à relâcher, qu’importe j’y suis, je suis méga fière, méga heureuse. Sylvain me propose de serrer le grand cacatois. Je laisse les deux autres à la manœuvre. Il me tarde de redescendre maintenant, j’enchaîne sans trop regarder en bas. Les gabiers sont épatants, quelle agilité, quel sang froid ! Le roulis s’intensifie, je me retrouve agrippée, perchée en arrière. Allez, il faut penser aux suivantes, descendre sans traîner. Chacune veut se lancer ce défi ou ce plaisir selon ses capacités, ce sera une expérience unique dans tous les cas. » La journée s’achève sur le pont, Pierre attrape un tableau blanc et de quoi dessiner. « Les gazelles, parées pour un cours théorique (et toujours mythique) sur les vents ? Matthieu enchaîne avec un cours sur les voiles car Pierre à rendez-vous chez le coiffeur du bord, Gaël, le charpentier, à qui bon nombre de membres d’équipage confie sa tête jour après jour. La polyvalence est de mise sur Belem, où l’équipage doit apprendre à fonctionner en parfaite autonomie. Le commandant conclut avec un point sur notre position et notre classement dans la régate. Aujourd’hui, nous ferons 44 milles, à une vitesse moyenne d’environ 2 nœuds, soit pas grand-chose. Mais tant pis, nous naviguons à la voile… Et c’est l’essentiel.
  • Samedi 6 mai 2017
    Début du quart de la veille pour le troisième tiers, 20 h et le soleil commence à se coucher… De très belles couleurs animent le ciel et nous donne envie de profiter un maximum de ces instants. Le groupe (Frederica, Agnès, Tatiana, Maeva, Laura, Anne, Maréva, Lauriane, Virginie, Karine) est en pleine forme après un excellent repas, une fois de plus ! La playlist de Matthieu sur le gaillard attire même les Gazelles des autres tiers, qui avaient prévues d’aller se coucher … mais l’envie de s’amuser, de danser et de partager est plus forte que la fatigue. Enfin une longue nuit s’annonce pour certaines, au moins 7h de sommeil réparateur … Réveil avec une belle énergie, et heureusement, car le « brasseyage » est de mise afin d’optimiser les effets de la moindre brise marine. Etant proches des côtes marocaines ( 20 milles ), la grande nouvelle se propage, la technologie nous rattrape … le réseau mobile nous permet d’être en contact avec nos proches …un bref SMS ou un appel rend certaines nostalgiques tandis que d’autres sont rassurées et reboostées. La journée s’écoule au rythme des activités, nœuds marins et confection de bonnets turcs, jusqu'à ce que le commandant nous propose de nous réunir dans le grand roof pour un échange culturel sur l’historique de ce magnifique gréement. Un grand moment de calme et d’attention collectif qui nous replonge dans 120 ans de passé, et intensifie la certitude de la chance que nous avons de faire partie du Belem et de sa bonne étoile. Enfin vient l’heure des « Bélémiades » … Géraldine nous propose de nous affronter sur une épreuve de force, un « tir au cordage » mémorable , puis une épreuve d’agilité avec un circuit de garçon de café : une vraie partie de rigolade, qui nous replonge en enfance et nous rapproche encore plus de ce bel équipage digne des meilleurs G.O! Bien évidemment, la triche est permise selon le principe du « pas vu, pas pris ». Les stratégies se mettent en place pour assurer la victoire de son équipe, la corruption de l’équipage en faisant bien sûr partie. Certaines équipes se sont donc vu offrir de l’aide de la part d’autres Gazelles ou même parfois de l’équipage. Pierre, sur le spardeck, en profite pour arroser allègrement les filles situées en contre bas. Une Gazelle ne se laisse pas faire … Alexia, Karine, Frédérica et Manon se lient afin de lui rendre la pareille et il se retrouve complètement trempé …l’arroseur arrosé garde le sourire ! Parmi les épreuves collectives, la préparation de la photo déguisée nous oblige à faire preuve d’ingéniosité avec les moyens du bord avec la complicité de l’équipage, ravi de nous voir autant investies dès qu’une activité nous est proposée. Maïté et Chloé sont déjà au point, déguisées en capitaine barbu et en profitent pour assurer le service du diner auprès des officiers dans le petit roof ! A la fin de cette journée bien chargée, et après avoir vu le coucher de soleil sur le pont, une bonne nuit nous attend avant un réveil à 3h40 le lendemain matin pour notre prochain quart de 4h-8h qui regroupe parmi les plus beaux moments de la journée dans le ciel : la rivière d’argent, le coucher de lune, les étoiles filantes et bien sûr le lever du soleil sur « Belem » et l’océan qui l’entoure.
  • Dimanche 7 mai 2017
    Quelle sensation de diriger le bateau en étant à la barre. Il faut tenir le cap tout en gérant le vent, sa force, les nuages, manipuler la barre avec feeling, sans brutalité, en accompagnant le bateau. Parez ! Tiens bon ! Brassez ! Tiens Bon…Larguez tout! Nous sommes à la manœuvre aussi souvent que le vent tourne. Nous nous adaptons à Eole. Peu importe le quart, nous participons aux manœuvres. Peu importe la météo, nous sommes sur le pont, prêtes à manœuvrer dés le signal « Parez ? », « Parées ! » « Brassez ! ». Toutes sur le même rythme, scandant « 1,2 », lançant le corps en arrière pour être plus efficaces… la misaine, la grande voile, le grand cacatois sont hissés ! Et Belem avance de plus en plus vite. Nous, Gazelles, courageuses, dynamiques, intrépides, volontaires, toujours prêtes à l’action, sommes fières de contribuer à faire avancer ce majestueux Belem. Au gré des Vents plus ou moins forts, c’est un véritable défi que nous réalisons en équipe, grâce aux consignes des matelots gabiers et officiers. Nous nous découvrons des ressources insoupçonnées malgré les décalages horaires dû aux quarts : Moi la grande dormeuse, à qui il faut 8 heures de sommeil d’affilées pour être en pleine forme ; eh bien c’est possible ici sur Belem, grâce à l’enthousiasme et l’énergie de chacune et de l’équipage bienveillant ! La solidarité est de mise dans les petits moments de mou qui affectent les gazelles à tour de rôle. « Merci à toutes celles qui ont su me soutenir dans les épreuves où j’en avais le plus besoin ! » La veille au soir, petit bémol : le commandant a reçu un mail du comité d’organisation de la Tall Ship Regatta. La course dans cette étape (Sines-Las Palmas) est arrêtée sans que l’on en connaisse pour le moment la raison. Vaille que vaille, nous poursuivrons la nôtre ! Une course au rythme du Belem et à la VOILE, en harmonie avec les éléments de la mer ! Notre destination reste les Canaries. Qu’importe l’objectif, le plus enrichissant est ce chemin, cette route partagée tous ensemble… Naviguer pour le plaisir ! La journée redémarre tout en dynamisme avec une chorégraphie des balais improvisée. On prend plaisir à briquer (au balais brosse sur Belem, pas de briques même si c’est l’origine de l’expression) le pont du spardeck avec entrain. Chloé, Morgane, Julie : toutes tournent autour des balais brosses : c’est la battle du matin ! Sur le passe-avant, idem pour Michèle, Maïté, Charline. Soudain, le Belem surgit, vaisseau majestueux, toutes voiles dehors. A vivre dessus depuis une semaine occupées dans les manœuvres et focalisées sur cap et vitesse, on en avait presque oublié qu’on habitait dans un palais flottant. Cette prise de recul au sens littéral nous offre de nouvelles perspectives. Tableau magnifique, et opportunité de balade au ras de l’eau, accrochées au zodiac, en bottes et shorts, la mer se rapproche. L’océan serait à 20 degrés ! Grâce à la vitesse : sensations fortes ! Nous nous accrochons, nous rebondissons sur les vagues, les embruns nous aspergent le visage….Wouaouh ! Mathieu s’amuse de notre engouement et des cris de gazelles à chaque vague. Telles des paparazzis, on apprécie le Belem sous tous les angles. Une surprise pour chaque jour, nous nous sentons tellement privilégiées de ces attentions permanentes. Nous sommes de retour juste à temps pour le traditionnel déjeuner dominical, encore meilleur que d’habitude… C’est dire. Gaël et Caroline ont exaucé nos vœux : gâteau au chocolat en dessert… Le manque se faisant sentir… Gazelle toujours mais pas de doute, on reste bien des filles ! On oublie les corps de sirène pour cet été, il va falloir poursuivre le sport assidument de retour à terre. Et encore. On a bien failli se régaler de thon frais, poursuivi par un banc ce matin pendant deux longues heures, au grand désespoir de Tintin, alias Sylvain, le chef mécanicien, dont toutes les manœuvres se révèlent vaines. Nous rivalisons d’idée pour attraper ces beaux poissons : longueur de lignes, canne à pêche, filet du hamac… rien n’y fait. Nous apercevons même un marlin de trois mètres de long… fait-il si bon plonger dans ces eaux profondes ? Après-midi bain de soleil qu’une gazelle résume à « une vie de chat », interrompu par une partie de chasse aux trésors. La nuit sera reposante pour celles qui veulent, nous sommes libres. Les quarts sont levés car ce soir on met les moteurs pour nous rapprocher des Canaries, le vent étant volatile. 18h52. On capte avec Tanguy, le second capitaine, une fréquence en AM dans la timonerie qui diffuse des informations en français. Stupeur. La radio passe en langue arabe à 18h58. Nous courons chercher Laura. Vive le multiculturalisme et la diversité. Gazelles de tous horizons ! Le résultat du scrutin tombe… La soirée se prolonge en conversations sur le pont, times up, musique… au clair de lune… La vie est belle. Encore quelques jours à en profiter…
  • Bonus du dimanche : Dictons et blagues de marins !
    Le marin est taquin et plein de superstitions… voici quelques dictons et blagues que nous avons pu entendre… à lire avec le sourire…. Quand les goélands ont pied, il est temps de virer Qui regarde trop la météo, reste au bistrot Cuisinier sur la dunette, disette Tempête (t’en pètes) pour sortir, t’en chies pour rentrer Ça sent la merguez (la pêche n’est pas bonne) Horizon pas net, reste à la buvette.
  • Lundi 8 mai 2017
    Entre parenthèses… Nous avons mis nos vies sur pause et avons adopté le rythme de Belem. Pas de repas à inventer, pas de montre à consulter, les gabiers nous réveillent lorsque nous sommes attendues et la cloche est là pour nous inviter à regagner la table. Tout est organisé autour de l’appartenance au tiers et de notre numéro de mug. Le contraste est saisissant : la frénésie de notre quotidien, contre la sérénité de l’océan. Agnès, à l’avant du bateau, le regard perdu sur l’horizon. Nous sommes dans le temps des dernières fois. Dernier coucher de soleil, dernier quart. Il n’est pas rare de surprendre une gazelle perdue dans ses pensées, une larme naissante, partagée entre l’envie de rester à bord dans le roulis de Belem, et celui de retrouver ses proches. « Dernier quart, à l’avant du bateau, je profite du ciel étoilé et je sens l’air sur mon visage. Comme une caresse déposée sur ma joue gauche, celle du cœur, comme la main de l’homme qu’il me tarde de retrouver. Même souffle sur ma joue droite comme pour me rappeler que j’y suis encore, sur ce magnifique Belem, pour quelques heures encore… ». « Beaupré, à l’avant du bateau, cette sensation de liberté, la tranquillité règne, le levé de soleil me laisse bouche bée. Juste envie que le temps s’arrête, rester ici, dernier spectacle avec mes gazelles et les matelots. » On enchaîne avec le briquage des cuivres. Satisfaction du travail bien fait lorsque surgit sur le winch de bronze et les sabords de la dunette, l’éclat lié au Mirror et à beaucoup d’huile de coude. L’heure est à l’entretien du beau Belem, monument historique dont nous avons le privilège de partager le quotidien. A côté de moi, Thomas s’emploie à renouveler quelques épissures, tandis que Yann et Géraldine nous initient à la choucane, afin de protéger les voiles du ragage. L’occasion de nouveaux cours de matelotage et vocabulaire marin plus familiers après dix jours et qu’on craint de ne plus utiliser avant longtemps : torons, épissoire, paumelle… Comme une invitation à revenir à la mer dans le futur, à présent qu’on a la chance d’en détenir quelques clés. La fin d’un voyage qui s’ouvre sur la perspective de nouvelles aventures… 17h, rendez-vous sur le spardeck pour une des dernières épreuves des Bélémiades : quizz culture générale Marine au programme sous la houlette de Géraldine et Pierre. La fin d’après-midi sera consacrée à la confection de costumes pour l’épreuve de la photo déguisée. Accoutrées de bric et de broc trouvés sur le bateau (qui ne manque pas de ressources insolites) et avec la complicité de l’équipage, les gazelles rivalisent d’imagination et de créativité : bancs de poissons surgelés, pirates à l’abordage du Belem, sirènes enchanteresses, L’empire contre attaque sur le Belem, pêche au gros, défilé Jean-Paul Gaultier… 21h30, Géraldine nous entraîne dans des chants bretons. Nous chantons et reprenons les couplets à tue-tête, Jocelyne en tête. Ensemble, nous sommes ensemble. Castagnettes de fortune avec des petites cuillères, nous battons le rythme. Virginie, Laura, Alexia, Karine et d’autres investissent la cuisine sous le regard amusé de Gaël notre cuisinier. Objectif crêpes pour tous au petit-déjeuner. Nous nous sentons comme en famille. Laura et Virginie, improvisées bigoudènes pour l’occasion, passeront une partie de la nuit en cuisine entre fous rires et danses. Une douce mélodie nous attire sur le gaillard : le son de la guitare et du yukulélé de Mathieu et Sylvain nous berce. La lune nous éclaire doucement. Certaines gazelles prolongeront les discussions tard dans la nuit comme pour mieux oublier que nous devrons bientôt nous dire au revoir.
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